Dans sa dernière étude, le Défenseur des Droits rappelle une réalité persistante : l'accès à l'emploi reste le champ où les discriminations sont les plus fortement ressenties et vécues. En 2024, la jeunesse y est particulièrement surexposée, surtout lorsqu'elle est queer et racisée.

La recherche d'emploi est souvent un moment charnière. Les CV envoyés en série, les lettres de motivation ajustées à l'infini, les études de cas, les entretiens successifs. Lorsque le contexte économique se durcit, l'exercice devient acrobatique. Et puis, quand la chance finit par sourire, parfois de façon presque narquoise, vient le premier entretien. Celui où il faut, coûte que coûte, faire bonne figure.

Une intersectionnalité difficile à porter

C'est ce que traverse Inès depuis plusieurs mois. Junior consultante en communication, 26 ans, elle accumule pourtant les refus malgré un CV solide. Queer, arabe et musulmane, elle identifie dans son parcours un facteur plus intime que la seule conjoncture : « Ce sont trois identités parfois lourdes à porter. »

« Je sentais une sorte de méfiance, comme si je ne correspondais pas à leur projection de quelqu'un du sud, qui aurait l'identité et les regards appuyés. »

Pour la sociologue du travail et des inégalités Cyrine Gardes, ces expériences relèvent d'un phénomène de « discriminations croisées » : une personne au croisement de plusieurs inégalités peut être perçue comme dominée sur un plan, dominante sur un autre, ce qui crée une dissonance chez la personne qui conduit l'entretien.

Quand l'entretien devient un terrain miné

L'entretien d'embauche devient alors un terrain propice aux stéréotypes et aux jugements implicites. Inès raconte ce malaise diffus, des entretiens menés en open space alors que tout s'entend, des regards appuyés.

Pour Cyrine Gardes, ces mécanismes s'inscrivent dans une histoire longue : l'emploi s'est construit historiquement sur des normes de genre, notamment masculines, sur l'exclusion des femmes et la division sexuelle du travail. Le monde professionnel reste très imprégné de normes d'hétérosexualité et d'injonctions à la binarité du genre.